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Maria Anna Hutter, sautier du Grand Conseil, passe le témoin

 
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Discours de Mme Maria Anna Hutter, sautier du Grand Conseil


Un vibrant hommage a été rendu, le 25 novembre dernier, dans la salle du Grand Conseil, à Mme Maria Anna Hutter, sautier du Grand Conseil, qui quitte à la fin de l’année cette fonction qu’elle occupe depuis 1999. A cette occasion, Mme Hutter a rappelé quel est le rôle du sautier et évoqué les symboles qui accompagnent la fonction.


«Mesdames et Messieurs les Députés, je vais ce soir évoquer le rôle du sautier, “résistant de la République”, comme j’ai pu le lire dans un article du Temps. N’attendez pas de moi que je parle de politique, ni que je vous dévoile des secrets, car je me tiens à la maxime du sautier, qui est représentée sur l’une de ses fameuses masses, celle du XVIIIe siècle, laquelle porte les symboles de la fonction: une oreille, un œil ouvert et une main écrivant.

Je remercie les auteurs des textes que j’ai consultés, M. Pierre Stoller, 68e sautier, M. Pierre Pittard, chercheur et historien, président du Grand Conseil en 1971, et Mme Hélène Braun Roth, présidente du Grand Conseil en 1988. J’ai aussi consulté notre Mémorial, témoin fidèle des évolutions politiques et historiques depuis 1828.

Vous le savez, j’ai l’honneur d’être le 70e sautier de la République, et la deuxième femme à occuper ce poste. Il s’agit d’une fonction unique en Suisse et de la plus ancienne de notre République, puisqu’elle existe depuis plus de cinq siècles, précisément depuis le 28 janvier 1483, comme on peut le lire dans les Registres du Conseil de la Cité: “Johannes de Passy, guet, est nommé garde et habitant perpétuel de la Maison de commune…”

Depuis 1920, la question “d’habitant perpétuel” n’est malheureusement plus d’actualité! Par contre, comme lot de consolation, une “ruelle du Sautier” existe depuis une trentaine d’années dans la Vieille-Ville.

Le nom de “sautier”, nom masculin, vient de salterius, garde forestier à l’origine. A Genève, le sautier est d’abord le chef des guets, autrement dit le chef de la police. Parmi ses tâches, il a celle d’enfermer les ivrognes au “crotton”, le petit local grillagé qui se trouve en bas de la rampe de l’Hôtel de Ville.

Les appartements du sautier se situaient d’abord dans l’actuel café Papon, puis au deuxième étage de l’Hôtel de Ville, au Salon de musique où Wolfgang Amadeus Mozart, âgé alors de dix ans, avait joué en 1766, accompagné de sa sœur de quinze ans, Maria Anna, appelée Nannerl, qui est née dans la même ville que moi, Salzburg.

Gardien de l’Hôtel de Ville, le sautier se devait d’assurer l’entretien des locaux. La salle du Conseil faisait l’objet de soins particuliers: il la parfumait aux clous de girofle et à la lavande. J’ai dit que je n’allais pas le faire, mais je vais quand même vous avouer un secret: alors que je viens de redécouvrir ce fait, il m’est arrivé de pulvériser des essences de géranium et de lavande dans cette salle, avant la séance, afin de calmer les esprits et d’éloigner les odeurs de cuisine…

A l’époque, le sautier était “entouré d’un nombreux personnel féminin” pour l’organisation des repas officiels. De nos jours, bien heureusement entourés de personnel féminin et masculin, nous organisons toujours des réceptions officielles, mais vous avez bien fait de ne pas me charger de préparer les repas: je ne suis en effet pas très douée pour la cuisine!

Possesseur du sceau public, le sautier apposait les scellés. Il a toujours la garde du sceau du Grand Conseil.

J’ai aussi découvert que le Conseil d’Etat, par arrêté du 19 août 1859, vu la nécessité de prendre toutes les mesures propres à prévenir les cas d’incendies, a interdit de fumer dans les cours et les bâtiments de l’Hôtel de Ville et a chargé le chancelier, le sautier, le concierge et les huissiers de veiller à l’exécution de cet arrêté, qui fut abrogé en 1905, ce qui permettra plus tard d’installer des cendriers à chaque place de cette salle.

Je vais aussi vous citer un ordre exécuté par le sautier, extrait des Registres du Conseil et daté du 23 avril 1538: “Monsieur le sautier est allé faire commandement à Maître Guillaume Farel et à Calvin de ne plus prêcher dans la ville et de la quitter d’ici les trois prochains jours, comme il a été décidé en Conseil général. Sur quoi lesdits prédicants ont répondu: “Eh bien, à la bonne heure! Si nous avions servi les hommes, nous serions mal récompensés, mais nous servons un plus grand maître, qui nous récompensera.”

Comme vous le constatez, la fonction de sautier n’a jamais été facile!

Un autre aspect peut nous intéresser particulièrement, vous, Mesdames et Messieurs les Députés, et moi-même: il s’agit d’un aspect financier. Dans une ordonnance du 11 février 1533, on peut lire “que les sous – c’est-à-dire les jetons de présence du Conseil – des absents seront partagés entre les autres, et que ceux qui sortiront avant la fin n’auront rien, mais que leur sou appartiendra au sautier.”


Si cet usage s’est perdu, en revanche d’autres traditions se sont bien maintenues. Tout d’abord, le port de la masse du sautier, symbole de la République. J’ai eu le privilège et l’honneur de porter cette masse lors des cérémonies importantes. Introduit en 1568, le bâton symbolise la charge de sautier. En 1842, le port de la masse par le sautier est supprimé, mais Gustave Ador, alors conseiller d’Etat, le rétablit en 1891. Il offre à cette occasion une masse qui se trouve actuellement dans la salle du Conseil d’Etat. J’ai quant à moi eu le plaisir de porter cette nouvelle masse – plus légère –, offerte par le bijoutier Gilbert Albert en 1999 (voir photo ci-dessus).

Parmi les symboles qui accompagnent la fonction, il y a aussi le lion du sautier, une sellette qui servait de siège au sautier, qui y attendait les ordres des Conseils pour en assurer l’exécution. Comme vous le voyez, ce siège du sautier, bizarre et peu confortable, a une tête de lion aux yeux grands ouverts. Selon la symbolique issue du Moyen Age, le lion était l’emblème de la vigilance. On croyait que cet animal ne dormait que d’un œil et veillait de l’autre. De nos jours, je pense que le sautier a toujours un peu cette fonction de “veille permanente”.

Et, en dernier, le symbole le plus connu et le plus populaire: la fameuse feuille du marronnier. Pour la découvrir, ce n’est pas un œil de lion qu’il faut, mais un œil de lynx, disent certains de mes collaborateurs. Chaque année, depuis 1818, le sautier annonce l’arrivée du printemps. J’ai donc observé scrupuleusement le marronnier officiel, à tel point que c’était devenu comme un ami et que je lui parlais. La première feuille sortie, je communiquais la bonne nouvelle et inscrivais la date de l’éclosion sur la planchette qui se trouve dans la salle du Conseil d’Etat.

Enfin, une petite statistique de longévité: parmi les septante sautiers de la République, cinq ont fait preuve de persévérance; j’en fais partie:
• M. Pétroman Falquet, de 1527 à 1546: dix-neuf ans;
• M. Henri Fromont, de 1830 à 1857: vingt-sept ans;
• M. John-Pierre Isaac Ruff, de 1858 à 1904: quarante-six ans;
• M. Pierre Stoller, de 1978 à 1996: dix-huit ans;
• et moi: dix-sept ans.

Cette longévité ne tient pas à une volonté de “rester en place” mais, Mesdames et Messieurs les Députés, à votre inventivité, car avec vous on ne s’ennuie jamais! Cette durée tient aussi et surtout à une équipe formidable, expérimentée, motivée et sympathique.

Mme Maria Anna Hutter applaudie par Mme Christina Meissner, 1re vice-présidente du Grand Conseil, M. Jean-Marc Guinchard, président, M. François Lefort, 2e vice-président, Mme Magali Orsini, membre du Bureau du Grand Conseil, M. Serge Dal Busco, conseiller d’Etat chargé du département des finances, M. François Longchamp, président du Conseil d’Etat, et M. Mauro Poggia, conseiller d’Etat chargé du département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé.
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J’exprime ici ma reconnaisse immense à l’équipe du secrétariat général du Grand Conseil. Sans eux, le sautier n’est rien: c’est grâce à eux que l’appui au parlement fonctionne, que chaque député est traité avec professionnalisme et respect, car nous devons adapter nos services à vos besoins spécifiques, parlementaires de milice.

Ma reconnaissance va également aux présidents et aux bureaux successifs, qui m’ont donné les moyens d’atteindre la bonne vitesse de croisière pour assurer l’autonomie du secrétariat général du Grand Conseil.

Dans les textes, j’ai trouvé la citation suivante: “Le sautier aide en toutes circonstances”. Je suis persuadée que votre futur sautier, Laurent Koelliker, et son équipe performante sauront remplir la fonction “en toutes circonstances”.

Mon mot de la fin: j’ai beaucoup aimé cette fonction.»

MARIA ANNA HUTTER
Sautier du Grand Conseil

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La commission des finances du Grand Conseil

La commission des finances est l’une des commissions de contrôle par lesquelles s’exerce la haute surveillance de l’Etat par le Grand Conseil. Composée de quinze membres, la commission est notamment chargée d’étudier les projets de budgets, ainsi que les comptes de l’Etat. A cet égard, le processus d’examen du projet de budget 2017 a occupé la commission de fin septembre à fin novembre.

(De gauche à droite) M. Olivier Cerutti (PDC), Mme Lydia Schneider Hausser (S), Mme Françoise Sapin (MCG), M. Eric Leyvraz (UDC), Mme Jocelyne Haller (remplace M. Jean Batou, EAG), M. François Baertschi (MCG), M. Roger Deneys (S, président de la commission), M. Ronald Zacharias (MCG), Mme Emilie Flamand-Lew (Ve), M. Alberto Velasco (S), M. Frédéric Hohl (PLR), M. Edouard Cuendet (PLR, vice-
président de la commission), M. Jacques Béné (PLR), M. Cyril Aellen (PLR), M. Patrick Lussi (UDC). Tout à gauche de la photo: M. Raphaël Audria, secrétaire de la commission.
PHOTO SECRÉTARIAT GÉNÉRAL DU GRAND CONSEIL

Durant cette période, la commission a auditionné l’ensemble des départements composant l’administration cantonale, les entités constituant le périmètre de consolidation de l’Etat, ainsi que les principales institutions subventionnées par ce dernier. L’examen du projet de budget se fait essentiellement par politique publique, le travail en plénière de commission étant déjà préparé par celui des sous-commissions spécialisées.

Outre l’examen du projet de budget et des états financiers, la commission travaille sur d’autres thématiques, comme le taux de couverture de la caisse de pension de l’Etat de Genève, les demandes de subventions ou encore la révision des comptes de l’Etat.

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